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La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Accueillir la joie autistique pour construire de meilleurs lieux de travail

Accueillir la joie autistique pour construire de meilleurs lieux de travail

Accueillir la joie autistique pour construire de meilleurs lieux de travail

Traduction de l’article de Ludmila Praslova, Ph.D., SHRM-SCP du 12 février 2024

Je me souviens avoir dansé de joie. Seule. Au bureau. À 2 heures du matin.

J’avais analysé les résultats d’une étude sur le climat organisationnel et ils correspondaient exactement à ce que j’avais prédit. J’avais fait le travail, et c’était du bon travail, utile, intéressant. Un travail gratifiant. Seule, au bureau, à 2 heures du matin, je savais que j’avais bien bossé.

Le travail peut être une merveilleuse source de joie. Et le bon type de travail peut être une extraordinaire source de joie pour les personnes autistes, étant donné notre intense motivation à approfondir nos intérêts.

J’ai éprouvé une grande joie à assembler les mots entre eux de manière à ce qu’ils se mettent à chanter pour moi. Le fait que mes textes deviennent viraux est un bonus agréable – mais le fait de me battre avec les mots jusqu’à ce que ce soient exactement les mots justes justement ordonnés est une vraie joie. Il y a d’autres sources de joie : apprendre qu’un ancien étudiant a décroché un emploi fantastique ou s’est inscrit à un programme de doctorat. Voir une enquête sur la culture organisationnelle montrer une amélioration du sentiment d’appartenance des employés. Être témoin d’une amélioration de la communication au sein des entreprises.

Si seulement plus de gens comprenaient à quel point l’expérience autistique peut être joyeusement productive – enfin, lorsque nous ne sommes pas agressés par des environnements sensoriellement surstimulants, moqués ou forcés de rentrer dans d’étroits « trous ronds » par ceux qui nient qu’une pièce carrée reste une pièce, et qu’une personne autiste reste une personne.

Trop souvent, les personnes autistes sont dépeintes sans nuances comme étant moroses, tristes ou en difficulté. La plupart des images d’une « personne autiste » générées par l’IA représentent de jeunes hommes blancs, assis dans l’obscurité et ayant l’air malheureux. Les stéréotypes de l’autisme font l’impasse non seulement sur la productivité, mais aussi sur la joie que procure aux personnes autistes leur amour pour la nature, les animaux, l’écriture, l’invention – ou d’autres types de tâches porteuses de sens. Cette productivité joyeuse a donné au monde Temple Grandin, Chris Packham et bien d’autres autistes accomplis.

Et si, au lieu d’exclure et d’enfermer dans des stéréotypes les personnes autistes, ou d’essayer de nous faire rentrer dans le moule insipide du travail à l’ancienne, en piétinant notre joie et notre productivité, les entreprises se concentraient sur la création de plus de joie au travail – pour tout le monde ?

Du Job Crafting au “Joy Crafting”.

En psychologie organisationnelle, nous parlons souvent de satisfaction au travail. D’engagement, d’engagement affectif. D’émotions positives au travail. De sens. De motivation personnelle.

Et si nous nous concentrions davantage sur la joie ? La joie humaine universelle d’être engagé dans quelque chose de motivant par essence ? Quelque chose qui corresponde à nos forces et à nos sources de satisfaction personnelles, comme la recherche de qualité, de sens, la découverte ou la créativité.
Nous parlons également de Job Crafting – retrouver du sens au travail grâce au remodelage de nos tâches, au remodelage de nos relations professionnelles et à un remodelage cognitif.

Mais qu’en est-il du « Joy Crafting » ?

Le « Joy Crafting » au travail peut être considéré à la fois comme plus audacieux et plus holistiquement humain que le « Job Crafting ». Il tient compte de notre nature, émotionnelle par essence, dans le but de rendre le travail non seulement meilleur ou plus tolérable, mais aussi véritablement agréable.

Oui, j’entends d’ici les gens dire que le travail est censé être… du travail. Et que le travail n’est pas censé être amusant.

Mais d’où vient l’idée que le travail devrait être une corvée ? Peut-être est-il grand temps de remettre en question ce postulat ?

« Si c’était amusant, cela ne s’appellerait pas du travail » peut être une attitude toxique et dangereuse. Fatale, même – la souffrance au travail est néfaste pour la santé humaine comme la santé des entreprises. Le travail comme un mal nécessaire, le travail comme une activité transactionnelle, le travail compulsif du bourreau de travail qui coure comme un hamster dans la roue géante de l’hyperproductivité – aucun de ces modèles de travail ne nous rend service.

Mais que se passerait-il si le travail pouvait être une composante du bien-être et de l’épanouissement personnel ? Non pas la seule source de joie ou d’épanouissement possible, mais un élément parmi d’autres d’une vie saine et équilibrée ?

Un bon – et joyeux – équilibre entre vie professionnelle et vie privée est possible. Mais il faudra pour cela modifier notre façon de concevoir le travail. Il faudra s’éloigner des structures traditionnelles et rigides qui, souvent, forcent les gens à rentrer dans des rôles prédéfinis. Il faudra créer des environnements de travail qui favorisent la croissance organique et l’épanouissement, en accord avec la nature de chaque individu.

Redéfinir le travail pour une croissance organique :

Le modèle traditionnel du travail exige une certaine conformité, de se plier à des rôles et à des attentes préexistants, tout en étouffant la créativité, en réduisant la motivation et en entravant l’épanouissement personnel. La pensée du « Joy Crafting » envisage un environnement de travail qui se développe de manière organique, où les rôles évoluent, s’alignant sur les forces uniques des individus, leurs passions, leurs nouvelles compétences et leurs trajectoires de développement.

Les organisations peuvent faciliter la création de joie, ainsi que l’inventivité et la productivité, en se concentrant sur les points suivants :

1. L’alignement personnel :

  • Reconnaître que chaque personne possède des forces et des passions uniques. Le travail doit être un prolongement de ces forces, et non une entrave.
  • Favoriser un environnement dans lequel les employés sont encouragés à explorer et à exprimer leur véritable personnalité dans le cadre de leurs fonctions, et à évoluer vers plus de joie.

2. L’évolution organique des rôles :

  • Au lieu de descriptions de poste statiques, préconiser des rôles qui évoluent au fur et à mesure que les individus grandissent et se développent. Cette approche permet de fidéliser les employés engagés, motivés et expérimentés, plutôt que de les forcer à chercher ailleurs la croissance et la joie, tout en supportant les coûts de remplacement et de formation.
  • Encourager les collaborations et les projets interfonctionnels qui permettent aux employés d’explorer différents aspects du travail, ce qui favorise leur épanouissement et leur engagement.

3. Le leadership au service de la croissance :

  • Former tous les dirigeants pour qu’ils comprennent l’importance de l’alignement personnel et de la croissance organique des employés. Les dirigeants devraient jouer le rôle de facilitateurs, en aidant les membres de leur équipe à trouver et à suivre des voies qui résonnent avec leurs motivations personnelles.
  • Développer un leadership axé sur l’empathie, la compréhension et le soutien des différents parcours individuels.

Transformer les cultures pour une inclusion radicale :

Le changement de paradigme vers le Joy Crafting nécessite également une transformation culturelle. Les lieux de travail doivent devenir des espaces inclusifs et stimulants pour le développement personnel et professionnel, où “donner du sens au travail” n’est pas une formule à la mode, mais un véritable engagement.

Cette culture du travail joyeux signifie :

Valoriser la diversité des modes de pensée et des approches de travail, et comprendre qu’un modèle unique est contre-productif.
Mettre en place des systèmes qui soutiennent l’exploration et la croissance individuelles, tels que le mentorat, les opportunités de développement de carrière et le travail flexible.

En résumé

Les personnes autistes peuvent éprouver de grandes joies, y compris celles provenant d’un travail en phase avec leurs points forts. Mais tous les employés peuvent ressentir ce type de joie si les entreprises favorisent le Joy Crafting, c’est-à-dire l’alignement du travail avec nos forces et nos sources de satisfaction personnelles, telles que la créativité ou le sens. Le Joy Crafting n’est pas seulement une stratégie de productivité ; c’est mettre encore plus l’accent sur le fait de rendre leur dignité aux aspects humains du travail – une nécessité d’inclusion qui est au cœur de mon livre, The Canary Code (Le Code Canari). Il s’agit de s’éloigner de la notion obsolète de faire se plier les gens à un rôle professionnel et d’adopter une approche centrée sur l’être humain, consistant en un alignement du travail avec les répartitions uniques des talents chez les individus. Cette approche gagnant-gagnant est essentielle à la fois pour le bien-être individuel et pour conserver des effectifs prospères, innovants et épanouis.

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1 Dans le “Job Crafting”, il y a l’idée de façonner ou remodeler le poste que l’on occupe selon nos besoins