LE RESEAU SPECIALISTERNE

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Fondation Specialisterne

La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Un salarié autiste est une chance

Une coopérative toulousaine aide les personnes autistes à s’insérer sur le marché de l’emploi en mettant en avant leur fort potentiel pour certains secteurs.

DANS UN MARCHÉ de l’emploi bousculé par l’épidémie, il est encore plus difficile pour les actifs affectés par un trouble neurodéveloppemental de se faire une place. Le défi est de taille pour Spécialisterne France, qui a implanté en mars son siège social à Toulouse (Haute-Garonne).

« Nous voulons montrer aux entreprises que les personnes autistes peuvent être une richesse, que leurs différences cognitives apportent des atouts à leurs sociétés », confie Gabrielle Blinet, directrice générale et cofondatrice de la coopérative.
Créé au Danemark en 2004, le groupe d’innovation sociale Spécialisterne, qui a décliné des antennes partout dans le monde, joue le rôle de cabinet de recrutement pour les grands groupes afin de dénicher ces profils neuroatypiques utiles pour leur secteur.

Ni entretien d’embauche ni lettre de motivation

Près de 650 000 personnes sont déclarées porteuses d’un trouble de l’autisme en France, soit 1 % de la population, mais le taux de chômage chez les adultes autistes atteint le chiffre vertigineux de 90 % (même si ce dernier doit être pris avec précaution, en l’absence de statistiques officielles).
« Environ 30 % de ces personnes ne peuvent pas vivre de manière autonome, mais 70 % peuvent travailler, précise Gabrielle Blinet. Le taux de chômage élevé s’explique par leur difficulté à comprendre les comportements sociaux, les codes d’une entreprise. Ils peuvent ne pas saisir l’ironie, les sousentendus ou ne vont pas dire lors d’un entretien d’embauche ce qu’attend le recruteur.
L’idée pour nous, c’est de les accompagner avec une approche personnalisée, en collaboration avec l’entreprise, pour mettre leurs compétences au grand jour. »

Car les domaines où ces personnes aux fortes capacités de concentration ou à la précision infaillible peuvent exceller sont nombreux : informatique, administration, intelligence artificielle, finance, comptabilité, gestion, agriculture… Elles sont par exemple capables d’identifier une erreur dans des données comptables ou encore de détecter des corrélations dans un vaste ensemble de données complexes.

Pour ne pas passer à côté de ces talents, Spécialisterne évalue leurs compétences à travers des tests loin du traditionnel entretien d’embauche et de la lettre de motivation. « Nous les rencontrons lors d’un entretien informel pour comprendre ce que la personne peut faire et dans des ateliers pratiques avec des robots Lego Mindstorms, détaille Pascale Marchal, responsable coaching-formation et cofondatrice de l’antenne toulousaine.

Ces exercices individuels et de groupe durent trois à quatre semaines pour que le candidat se familiarise avec l’entreprise et que les équipes travaillant avec cette personne sachent gérer les interactions avec lui. »
C’est cette approche mettant en avant la différence cognitive comme valeur ajoutée pour les entreprises qui a convaincu Jane Mathieu, une touche-à-tout travaillant dans le Web, le design et l’art, elle-même autiste, de soutenir le projet. Pour cette femme dynamique de 40 ans, qui collabore notamment avec le groupe de distribution automobile Parot,

« cela met en avant la capacité, une autre manière de voir l’autisme, et permet de ne pas passer à côté de bons candidats. On craint d’embaucher ces personnes par peur, car c’est l’inconnu pour les entreprises, mais en intégrant ces gens avec leurs codes, cela casse les préjugés ».

Gagnant-gagnant

La présence de ces profils atypiques en entreprise est souvent une expérience gagnant-gagnant pour la personne autiste et les autres salariés. Héloise Langlois, mère d’un enfant autiste et salariée d’une société toulousaine, a intégré dans ses équipes ce type de profil il y a quelques années. « Tout le monde était un peu maladroit au début avec lui, mais au bout de quelques mois, l’équipe a souligné la fraîcheur, la
nouveauté qu’il apportait, raconte-t-elle. C’est une expérience gratifiante pour les salariés et qui permet à l’autiste d’évoluer, de transmettre ses richesses. »

Depuis 2004, les diverses antennes de Spécialisterne ont recruté 10 000 personnes autistes dans le monde pour des sociétés comme IBM, KPMG ou Danone.

Julie Rimbert, correspondante Le Parisien/Aujourd’hui enFrance TOULOUSE (HAUTE-GARONNE).
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