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Fondation Specialisterne

La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Inclusion des personnes autistes : les entreprises ont tout à gagner à recruter des profils neuro-atypiques

L’entreprise sociale Specialisterne promeut activement la neurodiversité et l’inclusion des personnes autistes dans le monde du travail. Gabrielle Blinet, sa présidente pour la France, nous présente son approche de recrutement innovante.

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Pouvez-vous nous dresser un panorama de l’emploi chez les personnes autistes en France ?

Gabrielle Blinet : En France, les personnes sur le spectre de l’autisme représentent a minima 1 % de la population, soit environ 700 000 personnes. Si 30 % d’entre elles sont orientées vers le secteur protégé, les 70 % restants seront tout à fait en capacité de travailler en milieu ordinaire. Pour autant, le taux de chômage reste très élevé aux alentours de 90 %, en dépit de leur niveau de qualification ou de compétence. Parmi les demandeurs d’emploi sur le spectre de l’autisme, on trouve en effet de nombreuses personnes avec des diplômes variés : ingénierie, recherche, audit, comptabilité, support administratif, web, communication, marketing…

Comment expliquez-vous cette situation ?

G. B. : Lors d’un entretien d’embauche traditionnel, tout un chacun doit savoir mettre en valeur son parcours et ses compétences, et apparaître « socialement conforme », « socialement appréciable ». Adopter une telle posture n’est pas une chose facile pour les candidats autistes, ce qui leur ferme de nombreuses portes, même avant d’être diplômés d’ailleurs.

En raison de ces obstacles sociaux, certains éprouvent des difficultés à trouver un stage de fin d’étude et du coup à décrocher leur diplôme. Résultat : on a des CV qui ne rentrent pas dans les cases et qui passent au travers des mailles du filet, via les méthodes de recrutement classiques.

 

Comment convaincre les entreprises à franchir le pas ?

G. B. : Il est important de leur faire comprendre qu’il y a de nombreuses retombées positives à intégrer des personnes autistes dans ses équipes. En mélangeant les styles cognitifs, l’entreprise gagne en efficacité. Outre leur capacité à mémoriser, leur rigueur, leur sens logique, les salariés autistes empruntent des chemins de pensée que d’autres n’auront pas utilisés auparavant et peuvent faire preuve d’énormément de créativité. Ce sont des atouts pour stimuler l’innovation dans l’entreprise et trouver des solutions qui sortent des sentiers battus.

Le deuxième enjeu, c’est l’impact en termes de RSE. En favorisant la diversité cognitive, l’entreprise s’engage sur un sujet très novateur et positif pour sa marque employeur, tant auprès de ses collaborateurs que des talents qu’elle voudra recruter. Un tel projet d’inclusion amène du sens, renforce le sentiment d’appartenance, tout en permettant à l’encadrement d’acquérir de nouvelles compétences pour manager des profils neuro-atypiques.

« En aucun cas, il ne faut penser que les personnes autistes sont moins compétentes ou moins efficaces que les autres. »

Comment Specialisterne aide-t-elle les entreprises à recruter des personnes autistes ? Quelle est votre méthode ?

G. B. : La première étape consiste à se rendre dans l’entreprise pour effectuer une analyse du poste, comprendre sa culture, les exigences du manager.
Nous travaillons ensuite le « sourcing ». Nous nous rapprochons du monde de l’autisme, en diffusant, auprès des associations, des psychologues, de Pôle emploi, de l’APEC, une offre d’emploi adaptée. Centrée sur les compétences du poste et très détaillée, celle-ci ne comprend pas d’élément pouvant générer du stress auprès des personnes autistes. Ce travail de « sourcing » va nous permettre de constituer un groupe de huit à dix candidats, que nous allons ensuite mettre en immersion pendant trois semaines dans l’entreprise.

Durant ce temps, ils pourront apprendre à se connaître mutuellement avec les managers et participer à des exercices en groupe ou individuel, pour évaluer leurs forces cognitives invisibles sur le CV (analyse logique, attention au détail, mémoire, concentration, rigueur…) au regard des besoins du poste. À l’issue des trois semaines, un comité se réunit pour choisir les candidats qui seront embauchés. Et je peux vous assurer qu’ils le seront pour leurs compétences. En aucun cas, il ne faut penser que les salariés autistes sont moins bons ou moins efficaces que les autres !

Votre objectif est-il aussi de faciliter l’intégration ?

G. B. : Tout à fait. C’est la raison pour laquelle, nous mettons à disposition de la recrue, de son manager et de ses collègues un job-coach. Ce médiateur est là pour résoudre les inquiétudes des uns et des autres. Si la personne autiste fait face à un problème stressant, comme par exemple une grève dans les transports en commun, le job-coach essaiera de trouver une solution pour qu’elle puisse se rendre au travail. Si le manager se trouve en difficulté pour faire comprendre une consigne, le job-coach sera également là pour le conseiller. Il joue véritablement un rôle de traducteur entre deux mondes et deux cultures. Les retours sont vraiment positifs de part et d’autre.

Les résultats sont-ils au rendez-vous ?

G. B. : Dans le monde, Specialisterne a déjà contribué au recrutement de 10 000 adultes autistes, dans des entreprises comme IBM, KPMG, Deloitte, Boeing, Carrefour ou Danone. En France, du chemin reste à parcourir, même si les entreprises ont progressé sur ce sujet ces cinq ou six dernières années. Au sein de Specialisterne, nous sommes convaincus que les entreprises françaises peuvent proposer de belles perspectives professionnelles aux demandeurs d’emploi autistes et former leurs managers pour les accompagner.

L’enjeu d’une telle ouverture est stratégique. Certains secteurs qui peinent à recruter auraient tout à gagner à élargir leur vivier aux profils neuro-atypiques. Leurs compétences et leurs qualités sont précieuses dans un vaste périmètre allant des technologies à la médecine en passant par la recherche, l’artisanat ou l’agriculture.