LE RESEAU SPECIALISTERNE

La communauté internationale Specialisterne

Fondation Specialisterne

La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Une enfant joyeuse qui fait sa rentrée des classes avec enthousiasme, en septembre. La saison qui change, le cartable, le pupitre, les nouveaux visages, la maîtresse. Un exercice à faire, une consigne pas facile à comprendre, on s’applique mais ça va trop vite, il faut déjà passer à l’exercice suivant. Les autres élèves suivent, on court derrière, mais c’est comme un train qui s’éloigne, on a beau courir, il va toujours plus vite, et de plus en plus vite. « En octobre, elle ne voyait déjà plus que la fumée du train », raconte la maman de cette petite fille sur le spectre de l’autisme.

Comment garder confiance en soi quand on a l’impression permanente d’être en échec ? C’est pour répondre à cette détresse que l’association Les Didascalies propose depuis 2018 un accompagnement aux enfants et aux jeunes porteurs de particularités cognitives, et dépassés par le système scolaire.

En poussant la porte des locaux, avenue de Muret à Toulouse, on trouve une bibliothèque, des tables pour étudier ou dessiner, un canapé où s’étendre, un chien empathique qui pose sa tête sur vos genoux. Deux coachs sont là pour accompagner chaque enfant, qu’il vienne pour rencontrer du monde, trouver du réconfort ou faire son travail scolaire. Objectif : après la tourmente de l’incompréhension et de l’échec, se poser, trouver du répit. Puis, se reconstruire, reprendre confiance en ses capacités, retrouver le goût des autres, réapprendre les codes sociaux, et enfin, retourner dans les lieux publics… voire au collège ou au lycée.

Troubles anxieux généralisés, troubles du spectre autistique, troubles du déficit de l’attention, troubles dys – dyslexiques, dyspraxiques, dysorthographiques… Ces troubles du neurodéveloppement sont encore peu décelés dans le système scolaire. L’enfant est considéré comme timide, tête en l’air, maladroit…On fait l’hypothèse qu’il ne s’agit que d’un simple trait de caractère alors qu’en réalité, il s’agit d’une particularité cognitive qui peut nécessiter des adaptations pédagogiques spécifiques aux différences cognitives, un accompagnement et des aménagements scolaires. Un manque de soutien qui, s’il se prolonge dans le temps, peut parfois mener à la phobie scolaire et à la phobie sociale. 

Les Didascalies

Pour Karina Bacquet, présidente de Didascalies, poser un diagnostic sur les difficultés rencontrées est le préalable nécessaire à la reconstruction de soi. Identifier le handicap permet d’apprendre à composer avec, d’en faire une force, « d’être capable autrement ». Au sein des familles, poser le mot handicap, souvent perçu comme péjoratif, n’est pas facile. Pas facile non plus de comprendre les termes employés sans s’en effrayer : autisme, troubles dys… Il faut du temps, aux parents et aux enfants. Lesquels pourront ensuite reprendre des forces pour s’inscrire progressivement dans un parcours de vie se rapprochant du plus grand nombre.


Chaque année, les Didascalies suivent une vingtaine de jeunes.

Certains ne viennent qu’une demi-journée par semaine, d’autres sont là à temps plein, quatre jours par semaine. L’association n’est pas une école ; selon les situations, les enfants suivent des cours au Centre National d’Enseignement à Distance ou sont en système partagé avec l’Éducation Nationale. Autonomes, ils peuvent trouver là un coaching scolaire assuré par les 3 co-fondatrices, Claire et Éliane, enseignantes du supérieur et Camille, souffrant de Troubles anxieux généralisé et à l’origine de la création de l’association. Certaines années et en fonction de la tranche d’âge,  les jeunes ont pu bénéficier du coaching de leurs pairs, une autre manière d’apprendre, à la fois pour ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et qui vont être plus à l’aise qu’avec des adultes, et également pour ceux qui ont plus de facilités et qui vont ainsi réviser leurs acquis en les expliquant à d’autres.

Des liens se nouent ainsi, entre enfants, entre parents, liens renforcés par les sorties sportives et culturelles – pas un mois ne passe sans faire un tour dans les musées de Toulouse. Il y a aussi des animations spéciales, comme une journée sur le graff, ou la visite d’une centrale hydro-électrique. Les guides s’adaptent à ce public un peu différent, et les jeunes recommencent à trouver un intérêt aux sorties. Intégrer cette petite communauté permet d’envisager de retourner dans le grand bain social.

Pour les plus grands, l’association a développé, à la demande des jeunes, un projet appelé 15-25, reconnu et soutenu par Toulouse Métropole en 2021. Il s’agit de les accompagner dans leurs projets de vie : formation, avenir professionnel, autonomie civile et sociale. Des professionnels et des étudiants viennent présenter leur parcours, leur métier, et des visites d’entreprises sont organisées. Par ailleurs, l’association Les Didascalies noue des partenariats pour présenter aux jeunes des acteurs institutionnels, mais aussi de l’habitat inclusif, des auto-écoles où ils pourront passer leur permis de conduire dans des conditions adaptées.

Les Didascalies

Reconnu par les institutions publiques

Le travail des Didascalies est reconnu par les institutions publiques : les hôpitaux de jour leur adressent certains patients, l’Aide Sociale à l’Enfance oriente certains enfants vers l’association. Laquelle doit pourtant, pour boucler ses budgets, jongler entre subventions publiques, mécénat, appels à dons… et bénévolat. « Le handicap coûte cher aux familles, – regrette Karina Bacquet, d’autant que souvent un parent a dû arrêter de travailler pour s’occuper de son enfant. ». Dès lors, le projet initial d’accueil accessible à tous ne peut pas encore être mis en œuvre. Chaque famille s’acquitte d’un forfait défini en fonction du temps de présence du jeune. L’association écoute, s’adapte aux familles, avec une priorité : le rythme d’accueil librement choisi par l’enfant.

Article d’Hermine Rosset
Crédit photo : http://www.lesdidascalies.com/