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La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Une solution d’hébergement alternative et innovante pour les personnes autistes

Depuis 2017, dans les Hautes-Pyrénées, se met en place un projet social d’habitat inclusif. Initié par  l’Association Autisme Pyrénées, le programme HAPPY appartient pleinement à l’Économie Sociale et Solidaire. Il est porté par une SCIC récemment créée : Happy les Hameaux Inclusifs.

habitats inclusifs HAPPY

Un lieu de vie animé et adapté aux besoins spécifiques des habitants

Nous avons rencontré Thierry Saint-Orens, vice-président d’Autisme Pyrénées et fondateur de la SCIC Happy. Il évoque le programme Happy comme une innovation sociale, une des rares offres en France dans son domaine. « Ce programme a deux objets. Il s’agit d’une part d’habitats inclusifs pour des personnes en situation de handicap, avec autisme en particulier, et pour des seniors (65 ans et plus) ; et d’autre part de séjours de répit pour aidants et aidés. »

Lui-même parent aidant, Thierry Saint-Orens en connaît bien les exigences. « Il y a 11 millions d’aidants en France, et 70% sont des actifs.  Les séjours de répit proposent un accueil simultané des aidants et des aidés (avec tout type de handicap). Ces séjours sont personnalisés et co-construits avec eux, selon leurs besoins ». Il en précise la vision : « Dans un esprit centre de vacances, cette offre doit permettre aux familles de créer des souvenirs, de vivre des moments de bien-être ensemble, et de faire profiter les aidés d’activités adaptées. » Les aidants pourront également se ressourcer dans un tiers lieu, participer à des ateliers et échanger sur leur rôle dans un cadre non jugeant.

L’autre partie du projet est certainement la plus ambitieuse. L’habitat inclusif implique de respecter certaines conditions, c’est à dire de disposer :

  • de logements indépendants,
  • de lieux communs et de convivialité,
  • d’un projet de vie sociale et partagée qui permet l’inclusion dans la société.

« Le projet de vie sociale se construit bien si on a des groupes homogènes » précise Thierry Saint-Orens. « Notre modèle économique viable et pérenne se base sur 24 logements individuels. Les personnes seront chez elles. L’idée forte que nous faisons naître est d’avoir des projets d’animation de vie sociale et partagée tout en respectant le libre choix des personnes. C’est ça qui est important ! On veut inciter l’inclusion sans obliger. Des coordinateurs veilleront à ce que les animations proposées soient compatibles avec le projet de vie de chaque personne. »

habitats inclusifs HAPPY

Une mission d’inclusion : accompagner, partager, insérer

Au-delà de l’animation et de la coordination, à la base de la mission, il précise les outils nécessaires à la mise en place du projet. « Sur place, nous aurons des serres. En partenariat avec une autre SCIC, Terra Alternative, nous allons travailler ensemble sur du maraîchage, une conserverie, une légumerie et une champignonnière. » Ce sont plusieurs hectares à disposition à proximité du hameau. « Nous n’envisageons pas d’insertion professionnelle mais plutôt de l’inclusion, au travers de tout un tas d’activités que l’on va retrouver dans n’importe quelle entreprise : administratif, comptabilité, maintenance, électricité, mécanique, chimie, biologie, manutention, transport, cueillette…. ». Il s’agit en effet de permettre la découverte, de faire du maraîchage plaisir, du circuit-court avec transformation immédiate. Pour cela il y aura une maison commune de 350m2, dans un esprit tiers lieu, avec une cuisine, une épicerie et un café inclusifs. « L’idée est que les résidents du hameau puissent animer et participer à tout ça […] pour leur consommation, et pour leur plaisir propre. ». Il y aura également une mini-ferme pour de la médiation animale.

Ces activités sont des opportunités offertes aux habitants du hameau. Ils seront ainsi en relation avec les salariés de Terra Alternative. C’est un projet social d’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap pour la SCIC Terra Alternative et d’inclusion pour la SCIC Happy, sur un modèle de bénévolat, dans un premier temps.

L’idée est de faire émerger les talents et d’avoir des propositions en termes d’inclusion. Cette solution d’hébergement « accompagner, partager, insérer », est une alternative à l’Ehpad et au milieu institutionnel. « On ne va pas tout révolutionner. L’idée est d’abord d’accueillir en toute sécurité et en toute sérénité une personne chez elle, et de l’accompagner dans l’autonomie ».  La partie service d’accompagnement à domicile est laissée à d’autres prestataires, comme Vitaliance, au choix des locataires.

Où en sont les deux premiers projets d’habitats inclusifs HAPPY en Hautes-Pyrénées ?

Les travaux du hameau de Lannemezan débuteront fin 2022, pour une ouverture prévue au premier semestre 2024. Il comptera 24 logements « Happy » et emploiera environ 120 ETP indirects (dont 40 salariés directs de la SCIC Happy). En plus des habitants et du personnel Happy, un autre prestataire proposera des logements pour 30 seniors et 20 personnes vieillissantes en situation de handicap.

Pour le site de Bertren, une ouverture est envisagée au second semestre 2024. Il comptera 24 logements « HAPPY » et 16 logements inclusifs pour seniors. Le site de Bertren proposera également un accueil de séjours vacances répit de 10 logements pour les aidants – aidés. Une maison commune de type tiers-lieu, située dans le village, sera animée par les locataires.

« Nous sommes pionniers en la matière ». Il s’agit d’un modèle innovant basé sur la liberté de chacun de choisir d’organiser ses journées selon ses envies. C’est d’abord un lieu de vie. »

En France, Thierry Saint-Orens annonce 13 projets d’habitats inclusifs en gestation, dont les 2 cités en programme, et 3 déjà en mode projet.

Une organisation collaborative et éthique

Un collectif de familles et de futurs locataires du programme HAPPY a été créé en 2019. Il rassemble aujourd’hui 60 familles et locataires ayant réservé un logement.

Avec l’association, ce collectif participe à la construction de l’ensemble de l’offre. Trois groupes de travail ont été créés : aménagement du lieu de vie, projet social, projet de vie sociale et partagée. Ils créent ensemble un guide pour préparer l’arrivée en habitat inclusif, en s’appuyant sur les recommandations du Québec avant-gardiste, et adapté à la culture française. Un groupe éthique est également constitué pour définir les critères d’acceptation des dossiers de demandes de logement, dans le respect du droit commun. Il intègre des salariés, représentants des locataires, animateurs, partenaires, assistante sociale et psychologue. Ce groupe éthique vérifie notamment qu’il s’agit bien d’un projet de vie souhaité par le futur locataire, et qu’il y sera en sécurité.

habitats inclusifs HAPPY
habitats inclusifs HAPPY

Un espoir de sérénité et de changement de vie pour les familles

Mr et Mme Garcia, du Tarn et Garonne, font partie des familles impliquées dans le collectif HAPPY. Ils ont rencontré et adhéré à l’association Autisme Pyrénées en 2016 après que leur fils Mathis ait été diagnostiqué du trouble du spectre de l’autisme (TSA). Aujourd’hui, Mathis est un jeune adulte de 20 ans qui vit en internat dans un IME du Lot. Ses parents savent qu’il ne pourra pas rester dans cette structure au-delà de ses 24 ans. La participation aux activités de l’association, les rencontres avec les autres familles, sont un réel soutien et leur redonnent de l’espoir et des perspectives d’avenir pour Mathis.

Le programme HAPPY les a rapidement séduits. Au-delà du fait qu’il y a peu de solutions par ailleurs, les avantages qu’ils voient pour le futur de Mathis sont :

  • la reconnaissance des particularités des personnes autistes et l’environnement adapté ;
  • le projet de vie sociale et partagée qui vise à faire émerger les talents.

Car le plus grand souhait de ces parents aimants est l’autonomie et l’épanouissement de leur fils. Ils nous confient : « Si on arrive à accrocher ses intérêts, sa motivation, il pourra trouver une activité sur certaines heures, dans la mesure de ses capacités (et peut-être un travail rémunéré plus tard), dans laquelle il se sentira utile et s’épanouira ». D’ailleurs, ils verraient bien leur fils faire des livraisons dans le domaine, car il se repère bien dans l’espace. Ils imaginent le hameau comme un lieu de vie avec des personnes bienveillantes, où Mathis pourra être un maximum à l’extérieur, comme il aime. Ils supposent même qu’il ira facilement dans les lieux de vie communs car il aime voir du monde. D’un naturel joyeux, il vit au jour le jour, et il est content si non contraint. « On souhaite qu’il ait une vie, qu’il se choisisse des copains, et puis il aimerait avoir une copine ».

Ce qu’ils apprécient dans le programme HAPPY, c’est le projet coopératif. Thierry Saint-Orens a impulsé des groupes de travail pour les familles du collectif et les futurs locataires. Les parents peuvent se faire confiance sur leur connaissance de leurs jeunes. Ils vont essayer de faire en sorte que les activités et le fonctionnement soient les plus adaptés.

Bien sûr, des questions subsistent. Leur demande de logement pour Mathis sera-t-elle acceptée ? Recevra-t-il des aides suffisantes pour financer sa location ? Pourra-t-il vivre seul ? Car Mathis a besoin d’être stimulé pour se mettre en action. Sera-t-il capable d’assurer les tâches d’ hygiène au quotidien, le matin et le soir seul chez lui ? A l’IME, il a une routine et suit le mouvement du groupe.

M et Mme Garcia sont des aidants encore actifs. Aujourd’hui, ils se sentent socialement coupés de leur entourage. Bien que leur fils soit grand, ils ne peuvent pas prendre du temps pour eux. Ils auraient besoin de souffler, tout en étant assurés que Mathis soit dans un environnement adapté et encadré par des personnes bienveillantes et compétentes.

Pour eux, le projet d’habitat inclusif Happy c’est « le début de quelque chose d’énorme qui pourrait changer notre vie à tous ».

Propos recueillis et retranscrits par Leslie Servouze
1/ SCIC : société coopérative d’intérêt collectif
2/ IME – Institut médico-éducatif