LE RESEAU SPECIALISTERNE

La communauté internationale Specialisterne

Fondation Specialisterne

La Fondation Specialisterne est une organisation à but non-lucratif, qui travaille à créer 1 million d’opportunités d’emploi pour les personnes autistes et les personnes avec d’autres spécificités cognitives. La fondation est propriétaire de la méthode et de la marque Specialisterne ainsi que de l’entreprise Specialisterne Danemark.

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Sur Konbini, quelques mots de Stéphane Benhamou, directeur de l’association Le Silence des Justes (où des éducateurs issus d’un milieu défavorisé font des merveilles avec des adultes présentant un autisme dit “sévère”), m’ont beaucoup touchée en tant que proche d’une personne autiste. Dans cet article, je tente de vous expliquer pourquoi.
“Au silence des Justes, un autiste est toujours accompagné d’un éducateur. J’ai envie de vous dire, parfois, ça vient de nulle part, ça vient d’une banlieue, d’un milieu très défavorisé, d’un milieu précaire, et c’est bizarrement les personnes qui comprennent le mieux les jeunes. Peut-être parce que, quand on a une vie qui est simple, je pense qu’on a beaucoup d’humilité. Et je pense que l’approche de l’autisme vient de là. C’est d’oublier sa personne le temps où nous on est avec une autre personne”.
Stéphane Benhamou

J’ai la chance d’être née dans une famille dont un membre se situe sur le spectre de l’autisme. Une personne avec une grande intelligence, le cœur sur la main, avec des pics de compétences  (mémoire, analyse, infinies connaissances en histoire, économie et géopolitique…) et des creux en interaction sociale (difficultés avec l’implicite, les jeux sociaux, la lecture des émotions,…).

Je suis allée à l’école de 1993 à 2005. J’ai été témoin de la violence qui s’est abattue sur ce proche. Les phénomènes de meute. Les adultes qui n’interviennent pas (ou peu), soi-disant pour le bien de l’enfant. L’isolement et l’exclusion interminables. Les conséquences physiques et psychologiques de ces phénomènes.
Je n’en veux pas, n’en veux plus à personne.
Entre 1993 et 2005 en France, on en savait trop peu sur l’autisme sans déficience intellectuelle.

Dans la tempête, il y aussi eu de belles rencontres.
Ces enfants et ces ados, souvent originaires de milieu modeste ou défavorisé, qui ont refusé de participer à la violence de groupe.
Qui ont fait le premier pas vers l’autre dans la cour d’école.
Qui sont venus aux goûters d’anniversaire.
Qui se sont livrés à ce geste majestueux et simple, reconnaissant l’existence d’un autre dont la différence cognitive était flagrante: dire “bonjour”, sourire et serrer la main.
Un geste déterminé, résolu, de jeunes qui déjà, avaient choisi d’agir en préservant leur dignité plutôt que d’obéir à la peur de l’exclusion par les leaders du groupe.

Longtemps je me suis demandée pourquoi ils avaient agi ainsi.

Peut-être parce qu’ils connaissaient le prix de l’exclusion à force de la vivre tous les jours.

A cause de leur couleur de peau, leur accent, leur origine pour certains.
D’un parent alcoolique ou de leur obésité pour d’autres.

Peut-être aussi, comme le dit Stéphane Benhamou ci-dessus, parce qu’ils avaient beaucoup d’humilité en eux. Une humilité les protégeant du mépris facile envers un être ne ressemblant pas à la majorité.

A tous ces enfants, ces jeunes de milieux défavorisés qui ont croisé ma route et celle de mes proches, à ceux qui croiseront encore la route de personnes autistes et qui ne s’abaisseront pas à la violence, je voudrais exprimer ma profonde gratitude et reconnaissance.

Et au Silence des Justes, nous tirons notre chapeau pour l’incroyable travail de terrain inlassablement accompli.

Gabrielle Blinet